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COLLECTIF EUROPEEN
D'EQUIPES DE PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE
date : 200&-20066
mots-clés : le politique

En guise d'éditorial…
 
 
Noëlle De Smet– Septembre 2006
 
… ce texte écrit par Michelle Bérard lors d'un très beau chantier d'écriture vécu avec elle à Saint-Vérand par Irène, Nicolas, Armelle , Noëlle.
Michelle nous a quittés en mai dernier et nous ne nous sommes pas encore habitués à son absence. Ce texte donc… pour dire une mémoire… une mémoire de la personne, une mémoire de ses combats, une mémoire des liens qu'elle faisait entre ses divers engagements… dans le Ceépi et dans d'autres collectifs… le politique toujours. Et une mémoire enfin de ce qui se passe aujourd'hui en France, en Belgique, et ailleurs en Europe, pour ceux qui viennent chercher à vivre… une mémoire de nos formes de présence à eux et à leurs enfants.
 

AMOUSSOU

Amoussou vient du Bénin. Il est depuis vingt ans en France, sans papiers. Il n'est pas très grand, il est très mince, très souriant. « La photocopie en noir de Jacques GAILLOT » a dit quelqu'un il n'y a pas longtemps. Il a environ quarante ans. Il a beaucoup d'humour et ne se fâche jamais, sauf l'autre jour où une femme tchèque sans papiers, au bout de trois heures de discussion, ne voulait rien faire de ce qu'il lui proposait.
Parce que Amoussou est bénévole dans une association qui lutte pour les droits.
Il reçoit des sans-papiers, cherche inlassablement des solutions, des stratagèmes à mettre en place, face aux administrations concernées. Mais quand même, vingt ans sans papiers, c'est beaucoup.
En 1998, il s'est décidé àprésenter une demande de carte de séjour avec un dossier sur les preuves de dix-sept ans de présence en France. Il y a droit ; la loi demande dix ans de présence ininterrompue. Mais, on lui a donné un reçu, et dit qu'on lui donnerait rendez-vous. Ça fait le troisième où il va sans avoir de réponse.
«  - Mais pourquoi tu n'as pas présenté ton dossier avant ?
- Parce que je ne voulais pas qu'on me refuse ...
En fait, ces rendez-vous successifs vont aboutir à un refus. Pourquoi?
C'est au bon vouloir du fonctionnaire qui le reçoit.
Amoussou travaille depuis vingt ans dans le bâtiment, comme peintre. Comme beaucoup de ses compatriotes, il n'a aucun droit. Il vivrait comme un esclave si le rire ne le sauvait.
Mais on ne sait pas ce qui le fait rire ...
Michelle BÉRARD, le 9 juillet 2001



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