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COLLECTIF EUROPEEN
D'EQUIPES DE PEDAGOGIE INSTITUTIONNELLE
date : 11 juillet 2010

Freinet et la PI

Freinet est né en 1896, à GAP d'un père cultivateur et d'une mère épicière.

1912 : Concours d'entrée à l'école Normale de Nice
1915 : Mobilisation
1917 : il est gravement blessé au poumon droit. Après sa guérison, il refuse un emploi protégé.
1920 : Il est nommé instituteur à Bar sur Loup. Il a cependant du mal à parler et s'efforce de trouver une autre pédagogie.

1923 : Il effectue régulièrement des sorties promenades (autorisées par les IO de l'époque) qui donnent lieu à des rédactions de compte-rendus, lesquels sont écrits au tableau mais qui sont perdus. Il est attiré par le mouvement " École Nouvelle " (Ferrière, Decroly, Cousinet…) et participe au Congrès International de l'Éducation Nouvelle.
1924 : Il commande une imprimerie destinée aux petits commerçants. Après des tâtonnements, les premières pages sont imprimées. En même temps naît l'idée de correspondance avec une autre classe de Bretagne à Trégunc (classe de René DANIEL). Fameuse phrase : " Maintenant nous ne sommes plus seuls. " Il crée alors le premier mouvement : " L'imprimerie à l'école. "

1928 : Les demandes d'utilisation d'imprimeries de la part des autres collègues sont de plus en plus nombreuses. Cela aboutit à la naissance de la CEL qui commercialise tout le matériel nécessaire. Création de la revue L'éducateur prolétarien dans laquelle on trouve des textes politiques, des techniques nouvelles et des fiches pédagogiques.

1929 : Freinet est nommé dans la commune de Saint Paul mais dès son arrivée, il est en conflit avec la municipalité à cause des toilettes et de la vétusté de l'école.
1932 : Il adresse de nombreux courriers à l'Inspecteur d'Académie pour lui demander de faire pression sur la commune pour la construction d'une nouvelle école. Un texte d'enfant paraît dans le journal de l 'école qui raconte qu'il avait rêvé d'avoir assassiné le maire. Il y a alors des manifestations dans le village. L'affaire remonte jusqu'au ministère. L'administration propose une mutation à Bar sur Loup où Freinet avait laissé de bons souvenirs. Mais Freinet refuse et il est renvoyé. Il crée alors une école privée à VENCE et organise des stages de pédagogie, en été, à VENCE.

Il développe des options " naturistes " dans sa pédagogie et rejette globalement la vie urbaine. C'est également à cette époque que naît l'Institut Coopératif de l'École Moderne.

1949 : Arrivée de Fernand OURY, instituteur parisien, au stage de VENCE, sur les conseils de son frère Jean OURY (psychiatre) qui avait rencontré un instituteur se servant de l'imprimerie dans sa classe. OURY est enthousiasmé. Mais de toute évidence, cette pédagogie est conçu par et pour des écoles rurales. Il s'efforce alors de transposer les techniques Freinet à des classes de ville.
1951 : Au congrès Freinet, Fernand OURY anime la commission "Ecoles de Ville", mais il est seul dans cette commission.
1951 : Purge au PC. Freinet est exclu du parti.

1957 :  D'autres enseignants rejoignent le groupe de l'ICEM d'Ile de France (présidé par Raymond FONVIEILLE) qui a des contacts de plus en plus fréquents, par l'intermédiaire de Jean OURY, avec des psychothérapeutes, des psychiatres et des psychologues. Ce groupe se fait connaître en publiant l'Éducateur de l'Ile de France, tiré à 1200 exemplaires, qui fait une large part de l'apport de l'analyse dans la pédagogie. Mais cette revue fait de l'ombrage à l'Éducateur.

Le congrès ICEM est organisé à Paris et un contentieux naît entre le groupe d'Ile de France et Freinet par rapport aux bénéfices générés par le congrès. Freinet exige qu'ils soient reversés à la CEL qui a des difficultés financières.

Le groupe parisien est invité en URSS. Ce sont les heures de gloire du communisme soviétique. Les Russes sont passionnés par l'imprimerie et souhaitent généraliser son usage. Ils demandent une exposition sur l'usage de l'imprimerie à l'école. FREINET refuse de donner suite à cette demande (aurait-il voulu bénéficier lui-même de cette notoriété ?) Fernand OURY propose une école Freinet à l'UNESCO. Refus de Freinet. Divergences de plus en plus importances de point de vue, notamment sur l'apport de la psychanalyse en pédagogie. OURY et FONVIEILLE quittent le mouvement après avoir subi de très fortes pressions : " On a été issus du mouvement ! "

Création des GTE (Groupes de techniques éducatives) par OURY et FONVIEILLE qui publient leur propre revue. Mais des divergences de point de vue apparaissent entre Oury et Fontvieille. Oury est plutôt intéressé par les pratiques axées sur la thérapie alors que Fontvieille s'intéresse plutôt à l'autogestion, la psychosociologie, la non-directivité (pas de présidence, de secrétariat, de pouvoir).

Dans les GTE, Oury crée les Groupes d'Éducation Thérapeutique, dans lesquels il démarre l'écriture de monographies qui sont présentées en public, en invitant des médecins, psychiatres, philosophes.

1966 : Décès de Freinet.

L'Icem prend un tournant marqué vers la non-directivité.

1971 : Oury procède à une critique radicale des dérives de la non-directivité (De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle).

1975 : Oury se retire des GTE et des stages et est isolé pendant un temps. Mais il rédige quand même " Qui c'est le conseil " avec C. Pochet qui est arrivée au stage A2 avec 500 pages de notes.

1975/76 : Naissance du groupe "Genèse de la Coopé", à l'initiative de René Laffite. La méthode consiste à travailler à 2 ou 3 et à publier un article. Le travail mené prend en compte la Pédagogie Institutionnelle. Oury tombe sur les écrits de Genèse de la Coopé et une rencontre a lieu entre René Laffitte et F. Oury. Les membres de Genèse de la coopé (René Laffitte, Maurice Marteau, Jean-Claude Colson, Jacques Caux…) entrent au comité d'animation de l'ICEM. Le courant de la PI entre à l'ICEM, mais avec des résistances fortes.

1977 : Fernand OURY et Jacques Pain publient chez Maspéro " Chronique de l'école caserne " où il dénonce les conditions de scolarisation en ville.

1979 : René Laffite et Maurice Marteau invitent OURY qui revient au congrès du mouvement Freinet. " Nous l'avons encadré de façon rigoureuse car il était capable de mettre le feu au congrès." Malgré cela, il y a eu quelques incidents. Mais Oury était ravi comme un enfant de pouvoir retrouver ses racines."

1980 : Genèse de la Coopé organise son premier stage de Pédagogie Institutionnelle (avec Fernand Oury) à St Julien de Champsaur.

1992 : Genèse de la coopé éclate en raison de divergences de personnes ayant des personnalités très fortes. " On était arrivé à la conclusion qu'il valait mieux qu'on se sépare en bons termes avant que cela n'explose." Le mouvement se sépare en deux groupes, AVPI (Association Vers la Pédagogie Institutionnelle) et TFPI (Techniques Freinet et Pédagogie Institutionnelle) qui organisent des stages séparément.

AVPI ne tient pas à créer un mouvement nouveau, mais à faire émerger un peu partout des "champignons" pour produire et laisser du mycélium. "Faites des petits et laissez des traces. Ne restez pas seuls."

Notes prises par Walter Jean-Paul au stage AVPI de juillet 2002 à ROHAN parues sur http://ibrem.pagesperso-orange.fr/mouvement_freinet.htm

 

Voir aussi l'article d'Yves Jeanne sur Fernand Oury dans cette même rubrique.

On pourra lire également : Pédagogie Freinet et recherche en 2011, sur Calaméo, proposé par jacques Pain


Complément sur ce qui oppose Freinet et Oury :

Un certain nombre d'enseignants qui ont adopté la pédagogie Freinet, ont intégré également dans leurs pratiques les apports de la pédagogie institutionnelle.

Le père fondateur de la pédagogie institutionnelle est Fernand Oury, instituteur parisien, qui a essayé d'adapter la Pédagogie Freinet au milieu urbain. Il a d'autre part été influencé dans ses pratiques par son frère, Jean Oury, psychiatre, inventeur avec François Tosquelles, de la psychothérapie institutionnelle

Le mot " institution " n'est pas ici synonyme " d'établissement ". Il s'agit de ce qui collectivement s'institue dans la classe coopérative. La simple règle qui permet d'utiliser le savon sans se quereller est déjà une institution." (Genèse de la coopérative).

F. Oury a défini la PI comme étant un concept qui repose sur trois dimensions (d'où la représentation du trépied), dimensions indissociables, sans quoi le trépied se casse la figure.

Quelles sont ces trois dimensions ?

- Les techniques, la production, l'organisation : (ce que Oury appelait le " matérialisme scolaire "). Ce sont les caractéristiques de la pédagogie Freinet. Dans les classes PI, on retrouve le journal, la correspondance, le conseil, le travail individualisé… L'enseignant PI est d'abord un pédagogue Freinet.

- Le groupe et ses dynamiques (Moreno, Lewin…) : Les tensions et conflits sont inévitables et nécessaires. Ils se résolvent par la parole. La classe devient lieu d'éducation. Aux problèmes qui se posent, nous répondons autant que possible par des institutions : lieux, limites, lois, classes de niveaux, ceintures, équipes, métiers, statuts…

- La prise en compte de l'inconscient (Freud, Lacan, Dolto…) L'inconscient est présent dans la classe : " Quand la parole s'arrête, le symptôme parle." F. Oury
La classe se donne comme objectif de faire naître ou renaître le désir de savoir et de grandir. Mais toute relation " pédagogique " duelle est nocive. Pour éviter que le désir d'apprendre ne soit conditionné que par l'amour (ou la haine) qu'on éprouve pour le maître (identification au bon maître), des médiations sont indispensables, ce sont des " institutions ", par exemple la monnaie, les chefs d'équipes, les ceintures de comportement qui donnent de nouveaux droits dans la classe ou qui protègent ceux qui ne sont pas encore mûrs pour assumer certaines responsabilités...
C'est cette dimension, avec ses implications thérapeutiques - de surcroît- , qui a opposé Freinet et Fernand Oury.




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