Événements
Accueil
Le Collectif
En classe
Outils et concepts
Se former à la PI
Bibliographie
L’association MPI
Contacts
Liens
Nouveautés/Plan du site

Dans la même rubrique






L’Atelier de Pédagogie Institutrice n°2, février 2006, Coopérative et coopération


Coopérative et coopération



 

LActualité de la Pédagogie Institutionnelle en Francilie
Collectif Européen des Equipes de PI . CEEPI. (Groupe Caus’Actes)
février 2006

 

L’Atelier de Pédagogie Institutrice  N°2

 

Depuis plusieurs dizaines d’années, des praticiens-militants du champ éducatif se réunissent une fois par mois à Paris, soucieux d’élaborer ce qui, professionnellement les travaille. Entre temps, ils organisent des stages, des rencontres avec d’autres praticiens, écrivent des monographies, éditent des livres et vivent leur vie. Cette page porte témoignage.

Coopérative et coopération par Philippe Jubin

Synopsie de l’intervention à l’API du samedi 10 décembre 2005, développée bientôt sur le site ceepi.org.

1 - La coopérative à la base de la PI
Une prise de position inaugurale : On est là pour travailler ensemble.
Dimension éthique, dimension politique.
L’apprentissage / la transmission ne se fait pas seulement dans un rapport de maître à élève.
L’apprentissage est un travail de construction, individuel avec d’autres. L’apprentissage des outils de la langue est lié à la rencontre avec l’autre. Autant penser et structurer cette rencontre.

2 - Ça vient de loin
Sans doute depuis que l’homme existe et qu’il a bien fallu s’organiser. " On est là pour chasser le mammouth ensemble " parce que tout seul, je peux tout juste cueillir des fruits et chasser le mulot. Néandertal le plus fort / Cro-Magnon le mieux organisé.

3 - L’histoire
Elle nous dit comment l’homme se débrouille avec la question du politique (du vivre ensemble comme on dit maintenant).
Il y a 2500 ans la Grèce invente l’assemblée - qui veut prendre la parole ? - en même temps que le débat juridique et la tragédie.
Un peu plus tard :Tout le pouvoir aux soviets et Cronstadt. La Révolution ne pouvait se permettre le luxe d’une dissidence. La suite est connue.
Et puis la guerre d’Espagne et le POUM, (Tosquelles). Et toujours cette question inhérente à l’humanité : comment s’organiser " sans empêcher l’herbe de pousser " ?

4 - En classe
Un très ancien dispositif (l’Ecole Mutuelle au 19e siècle en porte des prémisses).
Freinet : l’organisation mise au point entre les instituteurs rassemblés pour fabriquer des outils pour la classe et faire circuler les productions, sur le modèle des coopératives ouvrières. Puis la coopérative en classe.
Notre choix : la coopération, terreau et dynamique de l’apprentissage scolaire.
Distinction entre :
1 - la Coopérative qui rend des services de gestion.
2 - le Projet coopératif (projet " éducatif ").
3 - la classe coopérative où les activités de la classe se structurent autour des productions coopératives.

5 - Un choix éthique
On peut organiser l’utilisation d’une imprimerie d’une façon non coopérative, sortir un journal non coopérativement. L’outil ne contient pas son usage.

Distinction techniques/institutions.
Plus que la coopérative (une structure), c’est la coopération scolaire qui nous intéresse comme processus reposant sur un ensemble de dispositifs et d’outils mais aussi sur le parti-pris et la vigilance du maître.
On est dans la praxis, Qu’est-ce qui transforme l’outil en institution et pas en technique managériale ? Détour par le trépied.


6 - Le trépied de la PI

Le trépied représente la classe s’institutionnalisant.
Un pied pour les techniques (Freinet ou autres), un pied pour le groupe et un pied pour l’inconscient. Le tasseau transversal pour la question du politique : travailler ensemble.

Là se place la coopérative, pensée non comme technique supplémentaire, une parmi d’autres, mais comme un élément déterminant pour transformer les techniques en institutions.
C’est un des dispositifs de rang 2, avec le conseil, qui relie et change le sens du travail scolaire. Ainsi, chaque technique utilisée en classe va être imprégnée, traversée par cette dimension coopérative, tout en développant elle-même les trois dimensions : technique, groupe, inconscient.

7 - Liens avec la " psychothérapie institutionnelle "
Le choix du travail coopératif peut être rapproché du choix du club dans l’hôpital psy.
Historiquement, Jean Oury propose le terme de Pédagogie Institutionnelle, au congrès Freinet de 1957, arguant que " tout ça c’est pareil ". Et lui-même, quand il était à Saint Alban (1948), était allé chercher une petite presse à imprimer Freinet, avec ses composteurs, dans l’école du coin, et tirait " Le chemin", avec des malades.
Les outils coopérateurs ont irrigué l’hôpital psychiatrique avant "l’invention" de la PI.

8 - L’hétérogénéité
Prolongement. : Travailler ensemble suppose reconnaître et créer des différences. Lié à la coopération, tout le travail autour de la distinction entre rôles, statuts et fonctions dans la classe.

En premier lieu, la distinction maître/élève. La PI ne souffre pas la confusion. Notre travail coopératif n’est pas une auto-co-gestion pédagogique ; ce n’est d’ailleurs pas de gestion dont il s’agit.

9 - Les monographies, cette écriture singulière qui est celle des praticiens en PI, nous montre que la classe qui se fonde sur ces options de coopération, est beaucoup moins ségrégative que celle basée sur le dépassement de l’autre et l’élimination du rival. Ces textes racontent souvent l’histoire, au long cours, d’un élève paumé à qui la classe instituée finit par redonner une place (figure et existence, stature humaine).

10 - Discours en décalage
Ces prises de position ont toujours été en décalage par rapport aux discours officiels successifs (cf. les " ennuis " de Freinet). Elles le sont particulièrement actuellement, en rapport avec les Dispositifs de Réussite Educative et ses conséquences dans l’E.N. (aides aux individus méritants et non plus aux projets collectifs des classes.


Rebonds de Michel Exertier

La coopération n’est pas un méli-mélo confusionnel mais articulation permanente des uns et des autres : travail de la distinction, de l’élaboration, de la décision.

Points forts de ton exposé, pour moi :

- Coopérer c’est aussi aménager une place non ségrégative  ;
- Freinet : la coopérative fut d’abord une option politique (solidarité, mutualisation, s’outiller) ;
- Ce qui fait rupture avec la Pi c’est ’’le politique’’ dont les outils sont le conseil et la coopérative :
C’est ce plan de base (le politique) qui donne à la PI et aux techniques Freinet leur vraie dimension

A cet égard, il faudrait analyser les " statuts "des élèves et du maître en pi et en pédagogie traditionnelle,

Deux points.

1. . Co-opération et non élimination .de l’autre que moi.
Le paradigme de l’éducation et de l’Ecole, de la maternelle à l’ENA est celui de la société libérale : l’élimination du rival, l’écrasement du fragile par le nanti, dont l’idéologie régnante étaye les prérogatives. Loi de la jungle.
Or, autrui n’est pas un rival à suppléer, un ennemi à asservir mais une chance, quelqu’un avec qui s’épauler.
Pacte lucide plutôt que meurtre
C’est pourquoi la coopération, qui installe l’ humain, est le premier parti pris de la pi, tâche civilisatrice. Elle nécessite une délimitation incessante des registres et repérage de ce qui fait loi, au fur et à mesure.
Cette option agie, créé ce que nous appelons le politique (condensé dans la question du " comment vivre, ensemble, comment faire avec ? "

2. LA PI, n’est pas tant une façon autre d’enseigner, ni une autre forme de vie scolaire qu’ un processus collectif
qui crée et qui suppose des sujets politiques (élèves et maîtres).

Un sujet politique, disons que c’est quelqu’un qui, laissé pour compte, dont la parole compte pour du beurre, prend lui-même en main et en pensée les conditions de son identité, de sa dignité et de son existence et qui travaille à être en mesure de tenir sa place, solidairement.

A ce titre, la PI, c’est le travail civilisateur de la question : " à quel maître acceptes-tu d’obéir ? (deux dimensions  : subjective et politique).

Hétérogénéité et transpassible par Philippe Legouis

Ces quelques lignes s’appuient sur la constatation que pour travailler coopérativement, il faut être différents... fonctionnellement différents, certes... mais aussi que l’ambiance ne soit pas la même partout.

"Dans les collectivités, en général, et de plus en plus, écrit jean Oury dans "Accueil et transpassible", on peut se balader d’un endroit à l’autre, c’est la même "odeur".

(...) Notre travail d’institutionnalisation exige - il n’est pas vain de le répéter - l’hétérogénéité. Il faut lutter constamment pour maintenir une distinctivité : des lieux, des fonctions, des personnes ; qu’on ne soit pas tous pareils, qu’on n’ait pas tous la même idéologie, la même allure, le même contact."

D’où la nécessité d’établir "une tablature des signifiants", une sorte de "grand Autre" artificiel  : "pertinences" valables, unités de différenciation.

C’est une des conditions pour qu’il y ait du passage ; "non pas simplement que ça circule", précise J. Oury, mais que ça passe de l’un à l’autre. S’il y a du passage, du possible, ça peut aider à ce que " les escargots sortent leurs antennes " (M.E.).

Dans le même article, Oury évoque "ce que Maldiney appelle le transpassible comme corollaire de l’institutionnalisation. La transpassibilité est une "possibilité" qui nous excède, en ce qu’elle fonde toute possibilité pour nous d’exister, parce qu’elle est en deçà de tout projet(...) ".
" Le réel, explique Henri Maldiney est toujours ce qu’on n’attendait pas ". S’il n’y a pas de transpassible, il n’y a pas de possible.

L’hétérogénéité que suppose et produit la coopérative, crée les conditions de cette attente qui n’attend rien.

" Tu viens m’apprendre à lire ?" par Danièle Clairon

Ne pas oublier que bien souvent, nous plaçons la situation de coopération, dans une école traditionnelle... Même si chacun en classe est responsable de ses papiers ou autre à jeter, nous devrons, aussi, apprendre à respecter la décision du conseil d’école : chaque classe ramassera à tour de rôle, les papiers dans la cour...

Il est certainement plus difficile d’apprendre à travailler ensemble quand on ne l’a jamais fait, que d’apprendre une règle de grammaire et de l’appliquer... Chaque fois que le "vivant" entre en jeu, rien n’est simple... Est-ce pour cela qu’il y a si peu de classes en "coopération" à l’école ? Et pourtant, au bout du compte, lors d’ateliers généraux de deux écoles tous âges confondus, mes élèves de classe de perfectionnement sont les seuls remarqués et appréciés pour leurs conduites d’aide envers ceux qui sont en panne...

Dans une classe coopérative, le prof n’est pas seulement un transmetteur de "cognitif", mais un Référent, avec ses limites, Pilote du groupe classe et des "machines" à relancer ou à stopper, opérant les virages à prendre, Veilleur garant du non dérapage et de l’accueil de ce qui ne peut-être différé et qui se passe là...

C’est ce style de classe qui a permis à Bruno, appartenant au groupe des petits en lecture d’évoluer...Chaque fois que j’expliquais ou tentais une leçon de lecture collective avec son groupe, il faisait semblant de ne pas entendre, bâillait, ou rêvait, était ailleurs...mais dès qu’il se trouvait en travail libre avec son groupe d’atelier, il tirait sa chef d’équipe par la manche : "tu viens m’apprendre à lire ?" et tous deux partaient derrière le tableau mobile...il a appris à lire cette année là, presque sans moi...Et si je m’étais prise pour l’incontournable et unique détentrice du savoir, un élève comme lui aurait-il appris à lire ? (Il faut savoir que cet élève répondait au 1er critère requis pour entrer en "Perfectionnement" à cette époque : deux ans d’échecs en lecture). Je peux dire maintenant pourquoi il ne pouvait apprendre avec moi...chercher à le savoir alors, et l’obliger à ne passer que par moi aurait-il fait avancer les choses ? Tandis que la situation de coopération en mouvement dans cette classe, lui a permis d’apprendre, de réaliser un des buts de l’école primaire.

Fonction langagière et hétérogénéité par Philippe Legouis

Freud a avancé dans ses découvertes sur l’inconscient à partir de l’observation que les atteintes hystériques ne dépendaient pas d’une lésion organique, mais du nouage du corps avec les mots ayant tissé l’histoire du sujet.
Ainsi est mis en évidence que le corps est modifié en retour, et parfois à son insu, en fonction des mots auxquels il a été associé dans son histoire comme dans une fonction mathématique qui détermine une partition dans les
éléments d’un ensemble de départ en fonction des catégories d’un ensemble d’arrivée sur lesquelles ces éléments sont projetés, C’est ainsi, me semble-t-il, qu’on peut entendre l’expression " fonction langagière ", et entre apercevoir en quoi le langage est condition de l’inconscient.

Une hypothèse : soient un ensemble de départ composé de " n " élèves et un ensemble d’arrivée constitué par les
différentes tâches et responsabilités dans lesquelles se projettent et s’inscrivent les différents éléments de cette classe ; on peut constater que chacun des éléments constituant le corps de cette classe sera marqué en retour par son appartenance aux catégories dans lesquelles il se sera projeté. Plus les possibilités successives de projection auront été variées, et plus les éléments qui constituaient le groupe de départ, se distingueront les uns des autres et s’enrichiront d’attributs (compétences, expériences, connaissances, etc.) divers.

Ce qui est quand même autre chose que " tout le monde en même temps, appliqué à la même chose derrière le même chef ".

Peut-être est-ce pour ça que le nouage de la classe avec l’organisation coopérative et l’histoire qu’elle implique pourrait avoir lui aussi des effets insus sur ses membres.

La pédagogie, sujet politique par Michel Exertier


’’L’obstacle à l’exercice des capacités de l’ignorant n’est pas son ignorance mais son consentement à l’inégalité’’ (J. RANCIERE)

1. La pensée et la pratique habituelle en matière d’enseignement se nourrissent de certitudes claires et pérennes  :
° Les enseignants ne sont que des transmetteurs de connaissances et des préposés au maintien de l’ordre. Ils sont supposés incapables de construire par eux-mêmes une pensée et un savoir-faire pédagogiques élaborés à partir de leur pratique. Sans autres référents professionnels que ceux véhiculés par les sciences humaines et les discours de l’opinion repris par les politiques, ils n’ont pas, aux yeux des chercheurs, ni à leurs propres yeux, le statut de praticiens ;
° Les élèves, dépourvus de raison, n’apprennent que ce que le maître progressivement leur transmet ;
° L’éducation, l’acculturation sont le passage d’un état inférieur à un état supérieur assuré par l’adulte qui joue son rôle et revendique son statut.Pourtant, égalité et inégalité ne sont pas deux états mais
deux "opinions ". Pourtant, le processus d’apprentissage
n’est pas remplacement de l’ignorance de l’élève par le savoir du maître, mais processus de développement du savoir de l’élève lui-même. Car apprendre est une traduc-
tion
, mise en correspondance d’une aventure intellectuelle avec une autre. (J. RANCIERE).

2. A cet égard, la pi est fondamentalement et dès l’origine, une révolte et un combat contre cette ’’Voix de son Maître’ qui crie haro sur les baudets attardés et sur les instituteurs demeurés (cf. Fernand OURY)

3. La racine de la pi est donc politique puisqu’elle institue les élèves et les maîtres comme sujets à part entière de leurs paroles en faisant objection au discours courant qui fait d’eux des incapables fonciers (1).

4. Dès lors, si les praticiens pi rendaient publique et audible leur objection, s’ils se faisaient entendre avec les mots de tout le monde, ils deviendraient sujets politiques, constituant leur parole comme expression d’une pratique transformatrice de cette opinion qui leur demande tout à la fois d’être des maîtres et qui les tient pour des valets.
(1) La pédagogie coopérative (PI, Freinet, etc.) subvertit ces statuts puisqu’elle suppose que les élèves mais aussi les enseignants pensent, qu’ils savent ce qu’ils disent, font ou ne font pas.

 



Les Samedis de la P.I. une institution vivante

° 13h45/15h45 : Reprise. A partir de situations de terrain, reprise de ce qui achoppe ou réussit : recours, humour, paroles d’expériences.
° 16h/18h : atelier. Écriture des pages de notre site internet ; explicitation et appropriation de l’histoire, des outils techniques, organisationnels et théoriques de la PI.

° Par ailleurs, fenêtres ouvertes. Rencontre avec le groupe de B. ROBBES (95) le 11 mars à partir de 14h. En projet  : présentation du livre de R. LAFFITTE " Éléments de PI " avec le Dr Jean OURY.

AVVEJ, 43 bis rue de Hautpoul PARIS 19 (M° OURCQ)
les 2ème samedis de chaque mois de septembre à juin
Tél. 06 65 20 48 79

Si vous souhaitez recevoir régulièrement cette feuille, par écrit ou par mail , merci de nous faire signe è Groupe Caus’Actes  : caus.actes@laposte.net

 



Coopération

à télécharger pour un 4 pages bien imprimable